Entre héritage et avenir
Fils du vigneron emblématique Georges Descombes, Kewin alias « Kéké » signe depuis 2013 des vins précis, francs et expressifs. Son approche, profondément technique et respectueuse du fruit, s’appuie sur des choix clairs à chaque étape : de la vigne à la mise en bouteille, avec en toile de fond l’héritage paternel.
Nichée au coeur du Beaujolais, Villié-Morgon est l’un des villages emblématiques de l’appellation Morgon, réputée pour ses Gamays riches, profonds et dotés d’un excellent potentiel de garde. L’appellation s’articule autour de six lieux-dits prestigieux : Les Charmes, La Côte du Py, Les Micouds, Les Grands Cras, Corcelette et Douby, bénéficiant d’un ensoleillement généreux et d’un climat favorable.
Particularité notable : certains des terroirs les plus recherchés reposent sur un sol de « roche pourrie », issu de la décomposition de schistes et de roches éruptives. Si ce surnom peut sembler peu engageant, c’est en réalité cette texture friable qui confère aux Morgon leur structure et leur puissance. Avec le temps, ces vins développent des notes typiques de kirsch, de prune et parfois d’eau-de-vie, donnant naissance au terme « morgonner », consacré dans le vocabulaire viticole pour décrire cette évolution aromatique singulière.

Un héritage vivant
Grandir aux côtés de Georges Descombes a façonné l’oeil et la main de Kewin. Les discussions autour des macérations, la rigueur du tri, l’importance de vendanger au bon moment : autant de réflexes transmis dès l’enfance.
Si chacun a son style, père et fils partagent la même philosophie : « Une vendange saine, c’est déjà la moitié du vin réussi ». Les échanges se poursuivent encore aujourd’hui, que ce soit pour déguster un millésime ou confronter des choix techniques.

Le geste juste
Kewin conduit ses parcelles en bio, avec un soin particulier pour la vendange. Les équipes sont briefées pour trier directement à la coupe, afin que seule une vendange saine entre au cuvage. Les pertes peuvent atteindre 40 % lors de millésimes difficiles, comme en 2025, marqué par un mois de mai pluvieux et du mildiou. Les parcelles sur granite drainent mieux, limitant les dégâts par rapport aux zones plus argileuses.
La précision des vinifs
Toutes les vendanges sont ramassées en palox de 300 kg, placées une nuit en chambre froide pour atteindre 10-12 °C. Ce refroidissement permet d’allonger les macérations et de préserver la fraîcheur. L’encuvage se fait à la tête rotative, avec saturation en CO2 avant fermeture de la cuve, garantissant une protection naturelle sans ajout de SO2.
Aucun soufre n’est utilisé durant la vinification, seulement un ajout minimal avant la mise (jamais plus de 20-22 mg/l). Kewin conserve volontairement un léger gaz en fin de vinif (900-950 ml/l) pour limiter l’usage du soufre et préserver la vivacité, le gaz ajusté au soutirage si nécessaire. Dans le prolongement de la vinification, il choisit ses contenants en fonction du profil visé : cuve béton pour préserver la pureté du fruit, demi-muids pour arrondir la structure, et foudres pour accompagner des élevages plus longs.
Les soutirages et mises en bouteille, réalisés en phase de lune descendante, visent à optimiser la stabilité naturelle et la clarté des vins.

On ne fait pas du Coca-Cola, chaque millésime est différent.
Une philosophie singulière
Pour Kewin, qu’il s’agisse d’un vin de copains ou d’un cru de garde, chaque cuvée mérite la même exigence, insistant sur l’importance de laisser s’exprimer la singularité de chaque année. Sa signature se lit dans une précision constante, un travail minimaliste où chaque intervention est mesurée, et une attention extrême portée dès la vendange, considérée comme le coeur du vin.
Le funambule du Beaujolais
Kewin incarne une nouvelle génération de vignerons du Beaujolais, capable de conjuguer exigence technique et plaisir immédiat. Derrière la rigueur, une vraie générosité : ses cuvées sont droites, précises, mais toujours pensées pour être bues avec bonheur. Dans chaque bouteille, il y a autant de sérieux que de liberté, un équilibre qui fait toute sa signature.

Interview juillet 2025 · Texte RA
