Il y a un nom qu'on prononce à voix basse à Saumur. Clos Rougeard. Les frères Foucault, Le Bourg, Les Poyeux, des cabernets francs devenus introuvables. C'est là qu'Étienne Bodet a appris. Dans ce chai, ces barriques, cette patience. Quand il rentre à Montreuil-Bellay en 2020 pour signer ses propres vins, il n'emporte pas une recette. Il emporte une manière d'attendre.
Étienne est la cinquième génération d'une famille de vignerons du village. Fils d'Antoine Bodet, au Château de la Durandière. Œnologue formé à Reims, passé chez Pierre Gerbais en Champagne, chez Sylvain Pataille en Bourgogne, chez Guiberteau, puis chez Rougeard. Son cœur de domaine tient dans 1,3 hectare : le Clos Durandière, du cabernet franc planté en 1983, sur un calcaire du Jurassique plus vieux et plus dur que le tuffeau. Une anomalie géologique, à quelques kilomètres des Poyeux.
À la cave, la filiation est directe. Levures indigènes, une part de vendange entière, pas d'extraction, ni collage ni filtration, un gramme de soufre par hectolitre à la mise et rien de plus. Et surtout des barriques anciennes, dont une bonne partie vient du Clos Rougeard. Le rouge de cette semaine a été élevé vingt-quatre mois dans des fûts qui ont contenu Le Bourg. Ce n'est pas un détail. C'est tout le propos.
Le domaine ne fait que trois vins, et ils se répondent. Graippeaux 2024, un chenin de soixante-dix ans sur craie verte, le dernier millésime de cette cuvée. Clarum 2024, un clairet de cabernet franc du Clos des Vaudelles, à mi-chemin entre rosé et rouge léger, le plus accessible des trois. Et le Clos des Vaudelles 2023, le clos qui fait face au Durandière, le plus profond. Pris ensemble, ils racontent un jeune vigneron qui a hérité d'une exigence plutôt que d'un style. Si vous n'en prenez qu'un, Clarum. Si vous voulez comprendre, prenez les trois.
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Boudes, tout au sud du Puy-de-Dôme. Des coteaux raides, du basalte, des marnes ocres, et plus bas des argiles rouges sur du granit décomposé. C'est là qu'Henri Chauvet s'est installé au printemps 2021, en reprenant le domaine d'Annie Sauvat. Une dizaine d'hectares, du gamay en majorité, du pinot noir, un peu de chardonnay.
Avant la vigne, il y a eu la banque et l'assurance. Puis un BTS viti-œno passé par correspondance, et deux écoles qui ne s'oublient pas : Jérôme Bressy à Rasteau, Thierry Allemand à Cornas. On sent cette filiation dans les vins. De la précision, de la droiture, et une matière qui ne cherche jamais à impressionner.
Levures indigènes, vendanges entières vinifiées parcelle par parcelle, ni collage ni filtration, un soufre qui se décide au millésime. Lui-même le dit : il n'est ni nature ni conventionnel, et il refuse qu'une philosophie de cave passe avant le terroir. Je trouve cette position rare, et très saine.
Six cuvées cette semaine. Deux négoces de 2024, vinifiés à Boudes avec des raisins venus d'ailleurs, et quatre vins du domaine. Le Braconnage à 27 euros est la porte d'entrée. Le Vie Ordinaire, assemblage de tous les rouges du domaine après le gel de 2024, est celui que je garderais le plus longtemps. Abrupts, Froussard et À fleur de peau sont en quantités très limitées : je les réserve en priorité aux demandes qui prennent aussi d'autres cuvées.
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