L’EMPREINTE DES TERROIRS
Sur les coteaux et les plateaux de Crozes-Hermitage, Florian Buit cultive treize hectares marqués par la diversité de leurs sols. À la tête du Vieux Mûrier, cet arbre centenaire planté près de l’ancien puits de la ferme familiale, il revendique depuis 2018 une approche précise et patiente, guidée par l’expression des terroirs.
Cette diversité a toujours été une sécurité : si les abricots gelaient, il restait le raisin.
Florian Buit
Une histoire de polyculture
L’histoire débute avec son grand-père, déjà installé à Mercurol et à Larnage, dans un paysage où abricotiers, cerisiers et vignes se côtoyaient. « Cette diversité a toujours été une sécurité : si les abricots gelaient, il restait le raisin. »
En 2014, Florian et son père rachètent une parcelle de trois hectares et demi au Saviaux, secteur méridional de l’appellation, sur la commune de La Roche-de-Glun. Des sols plus sableux, des tanins souples. « Ce sont des vins que j’aime goûter, je voulais commencer par ça. » Peu à peu, il vinifie aussi les blancs et une partie des rouges de Larnage, puis les rouges de Mercurol.

Un mentor de prestige, Jean-Louis Chave
Dès ses débuts, Florian bénéficie d’une relation privilégiée avec Jean-Louis Chave, figure de l’Hermitage. Après ses études, il travaille au domaine, part quatre mois et demi en Australie près de Canberra, puis revient. Jean-Louis lui propose alors d’utiliser ses installations pour vinifier ses premiers millésimes.
« Travailler avec Jean-Louis, c’est profiter de décennies d’expérience et d’une mémoire des millésimes unique. » Aujourd’hui encore, Florian œuvre au domaine Chave, où il suit les soutirages, l’assemblage final et les élevages. Une école quotidienne qu’il transpose dans ses propres cuvées.

Trois secteurs, trois identités
Les Saviaux, à La Roche-de-Glun, avec ses alluvions sableuses, donnent des rouges fins, souples, au pH élevé. Lors de son premier millésime, en 2018, Florian est surpris par des pH proches de quatre, rares pour des rouges. Il y voit vite une signature du lieu, et non un effet du millésime.
Larnage, frais et argileux, se prête historiquement aux blancs, marsanne et roussanne. Mercurol, aux sols intermédiaires, complète l’assemblage des rouges. « L’idée n’est pas de jouer sur la vinification mais de laisser parler le lieu. »

Viticulture et cuvées signatures
Certifié bio depuis 2023, le domaine privilégie un enherbement réfléchi pour limiter l’érosion et gérer l’eau. Buttage, débuttage, semis de couverts, baisse des rendements par la taille : chaque geste vise l’équilibre. « L’été, ce n’est ni le sable ni les cailloux qui retiennent l’eau, c’est la matière organique. »
Deux cuvées disent cette quête de clarté. Les Saviaux, un Crozes-Hermitage rouge cent pour cent syrah, élevé un an en grands foudres, souple, gourmand, à la trame épicée et florale. Le Jardin, un blanc d’environ quatre-vingts pour cent marsanne et vingt pour cent roussanne, cultivé sur les hauteurs de Larnage, fermenté et élevé sur lies fines, du nom de la parcelle historique du domaine.

Une philosophie claire
La taille du domaine lui convient : assez petite pour travailler finement, assez juste pour bien vendre. À travers ces deux cuvées, Florian met en lumière la personnalité de ses terroirs, loin des effets de mode. Une ligne qu’il entend tenir, pour que chaque bouteille raconte fidèlement l’histoire de ses vignes.

