Mathis Carillon

PULIGNY DANS L’ÂME

Le calendrier lunaire rythme nos gestes, à la vigne comme à la cave. Ça change notre rapport au vin.

Mathis Carillon

Dans les ruelles étroites de Puligny-Montrachet, les maisons bourguignonnes se confondent avec les caves. Chaque pierre raconte une histoire, chaque voûte respire le vin. C’est là que Mathis Carillon, vingt-huit ans, poursuit l’œuvre d’une famille enracinée depuis plus de cinq siècles dans la vigne.

La famille Carillon dans les vignes de Puligny-Montrachet

Cinq siècles de mémoire

La maison familiale, construite en 1611, porte encore les marques du temps. La date figure sur les étiquettes, comme un rappel : les Carillon vivent au rythme de la vigne depuis François Ier.

Quand son père reprend le domaine en 2010, il n’a que six hectares hérités de son propre père. Aujourd’hui, le vignoble s’étend sur dix-huit hectares, répartis entre Puligny, Chassagne et Saint-Aubin. « Mon père a toujours eu cette obsession de demain, raconte Mathis. Toujours investir, toujours agrandir, toujours chercher à s’améliorer. »

Le vin, du partage

Dans la cave, entre les barriques alignées, Mathis s’arrête, caresse le bois d’un fût. Son discours est simple, direct, sans détour. « On ne fait pas du vin pour l’argent. Ce qui compte, c’est que quelqu’un ouvre une bouteille et se dise : c’était super. »

L’humilité et la passion structurent l’approche familiale. François Carillon, homme de vigne avant tout, a banni le désherbant dès 1992. « Pour lui, c’était inconcevable d’empoisonner son sol », explique Mathis. Aujourd’hui, le domaine travaille en culture raisonnée, inspirée de la biodynamie.

Mathis Carillon dans la cave familiale, à Puligny-Montrachet

Innover pour durer

2021 restera une cicatrice. Le gel anéantit près de quatre-vingts pour cent de la récolte. Les fûts vides s’alignent, menace silencieuse : un fût vide meurt. Alors son père a une idée, acheter du chardonnay dans le Languedoc et l’élever comme un Puligny. Le pari est osé, le succès immédiat.

Mathis, lui, pousse d’autres expérimentations : levures indigènes, réflexion sur la biodynamie, et même une incursion inattendue en Beaujolais blanc. « J’ai goûté un blanc de Jules Desjourneys. Ça a été un choc. Je me suis dit : si lui le fait, pourquoi pas nous ? »

Terroirs et identité

« Pour moi, quatre-vingt-dix pour cent de la qualité d’un vin se joue à la vigne », affirme Mathis. Le travail parcellaire, la précision des élevages, la recherche de tension et de fraîcheur définissent le style de la maison.

Les sols calcaires de Puligny donnent une minéralité tranchante. Les Perrières expriment une énergie droite, les Combettes davantage de profondeur. Il me tend un verre des Enseignères : la précision file droit. Je comprends à cet instant pourquoi ce climat compte parmi les plus réputés du village. À Chassagne, le style se fait plus ample et solaire. À Saint-Aubin, souvent plus en altitude, il gagne en fraîcheur.

La famille, pilier de demain

Chez les Carillon, chaque génération a laissé son empreinte sans jamais rompre le fil. Le frère de Mathis, Clément, est appelé à rejoindre l’aventure. Paul vient d’arriver. Le grand-père, mémoire vivante, continue de transmettre ses anecdotes.

Dans chaque verre de Puligny Carillon, on retrouve ce mélange rare : le poids de l’histoire et la légèreté d’un vin pensé pour être bu, partagé, vécu. Le temps, la famille et la vigne avancent ensemble, génération après génération.

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